[13 janvier 2005]
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«Je ne sais vraiment pas qui peut m'en vouloir à ce point», continue d'affirmer le président du club de football de Vitrolles (Bouches-du-Rhône), une semaine après l'incroyable guet-apens dont il a été victime.
Il est environ 21 h, vendredi dernier, et Ralf Dublin roule sur la bretelle de la RN 113, lorsqu'une Golf dernier modèle le dépasse à vive allure et vient le plaquer contre le rail de sécurité. En un clin d'oeil, Ralf Dublin, qui n'est pas un enfant de choeur (il a été condamné il y a une dizaine d'années dans une sombre histoire d'agression commanditée contre un homme politique marseillais), enclenche la marche arrière et reprend en sens inverse la voie rapide, pied au plancher.
«Mes agresseurs ont fait la même manoeuvre. Même en marche arrière, ils roulaient à tombeau ouvert, je n'arrivais pas à me dégager.» Il parvient cependant à rejoindre la zone d'activités mais percute un trottoir, ce qui ne l'empêche pas de poursuivre sa fuite. Enfin, il pile dans une station-service où il pense trouver son salut grâce à des témoins. La Golf, toujours à ses trousses, stoppe à son tour : un homme cagoulé en jaillit et le saisit par le col : «J'ai un flingue, monte dans la voiture !»
«J'ai réussi à me dégager et j'ai pris mes jambes à mon cou», raconte Ralf Dublin. Il contacte alors Véronique, sa femme, qui se rend immédiatement au commissariat. Alors que celle-ci est entendue, un agent donne l'alerte : une voiture brûle sur le parking. Il s'agit de celle de Véronique Dublin.
Depuis cette folle nuit, le couple est sous protection judiciaire. L'enquête, confiée dans un premier temps au commissariat de Vitrolles, est depuis passée entre les mains de la brigade criminelle du SRPJ de Marseille. Plusieurs pistes sont à l'étude. La plus évidente est celle qui mène au club de football de l'Entente sportive vitrollaise (ESV), club amateur le plus important du secteur de l'étang de Berre. Il compte près de 600 licenciés et, surtout, une équipe évoluant en CFA (équivalent de la cinquième division) dont certains joueurs sont rémunérés. En raison de l'état inquiétant de ses finances, la mairie de Vitrolles avait récemment accordé au club une subvention de 300 000 euros. Ralf Dublin préside aux destinées du club depuis seulement deux mois : «Je suis kinésithérapeute libéral. Depuis cinq mois, je m'occupais du suivi médical de quelques joueurs. Quand on m'a proposé la présidence, j'ai accepté.» Il soutient qu'il ignorait qu'Edith Richard, la présidente sortante, avait démissionné au bout de six mois après avoir reçu elle aussi des menaces. Et ce n'était pas la première mésaventure de l'ESV : il y a plus de trois ans, le minibus du club avait été incendié ; il y a deux ans, c'est la voiture du président qui avait brûlé... Ralf Dublin concède tout de même qu'il y a, dans ce club, «des gens en relation avec le grand banditisme». Pour ajouter : «Comme dans tous ceux de la région.» Il affirme aussi, sans plus de détails, qu'un ancien président avait recours à des surfacturations pour rémunérer des dirigeants, des joueurs, des intermédiaires : «Il a quitté le club car il craignait pour sa sécurité.»
Depuis le guet-apens, tous les matchs de l'ESV ont été suspendus par arrêté municipal. Aujourd'hui, l'assemblée générale du club devrait entériner la démission de Ralf Dublin de la présidence, ainsi que celle de l'ensemble du comité directeur. Selon le dirigeant agressé, il y aurait déjà des candidats pour lui succéder.