Eklablog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

arnaud rencontre evo

Rencontre entre Evo Morales et Arnaud MontebourgDimanche 14 mai 2006, à l’invitation de Danièle Mitterrand et de la Fondation France Liberté, Arnaud Montebourg s’est rendu à la rencontre d’Evo Morales, Président de la République de Bolivie.Evo Morales arrivait du sommet Europe-Amérique latine de Vienne, où il a défendu la décision de son pays de nationaliser les hydrocarbures. Elu largement en décembre dernier, le Président bolivien, fondateur du Movimiento Al Socialismo (MAS), a la particularité d’être un ancien syndicaliste et d’être le premier Indien à accéder à la Présidence de la République.

Longtemps la Bolivie a été gouvernée par une oligarchie blanche, inféodée à l’Amérique du Nord et hostile aux droits des Indiens, qui forment 70% de la population.

La Bolivie, pays blotti au cœur de Andes, a été le théâtre de la dernière guérilla d’Ernesto Guevara et des luttes des syndicats de mineurs et de paysans pour le progrès social. Dernièrement encore, les manifestations contre la politique néolibérale du pouvoir de Sanchez de Lozada (en 2003, 67 morts et 400 blessés ) et de Carlos Mesa (en 2005) avaient entraîné une répression féroce.

La " guerre du gaz " puis la " guerre de l’eau ", deux mouvements sociaux d’ampleur inégalée dans ce pays, ont été le catalyseur des forces qui ont amené Evo Morales et le MAS au pouvoir.

La rencontre de dimanche a été l’occasion pour le Président socialiste bolivien d’exposer les grandes lignes de sa politique. Nationalisation des hydrocarbures, développement d’un système d’état-civil (les Boliviens ne disposent, pour l’essentiel de la population, d’aucun certificat de naissance, livret de famille, carte d’identité etc.), politique d’extension du réseau d’eau potable et d’assainissement (notamment à El Alto, en partenariat avec la Fondation de Danièle Mitterrand), politique de défense de droits et d’accès à la citoyenneté des indigènes...

La politique d’Evo Morales va à l’encontre des intérêts d’un certain nombre de multinationales et de l’oligarchie locale qui orchestre une campagne de dénigrement systématique de l’action du gouvernement populaire. Ce dernier, soucieux de garantir un développement démocratique réel dans le pays, a choisi de lancer un processus constituant permettant aux citoyens de devenir maîtres de leur destin.

Mais l’élection d’Evo Morales, s’inscrit dans un contexte continental propice aux idées progressistes. A chaque fois, les processus progressistes latino-américains sont consubstantiels au lancement de processus constituants servant à forger les outils d’un véritable " pouvoir des citoyens ".

Il s’agit donc ne pas analyser le phénomène bolivien comme un élément indépendant de la marche de la " Patria Grande " vers le progrès.

A Caracas, où en 1989, on massacra 3000 personnes qui manifestaient contre les prescriptions du FMI, un gouvernement de gauche parvient à faire reculer la pauvreté, parvient à développer un système éducatif et un système de santé efficaces.

A Santiago, la page Pinochet est définitement tournée : Michelle Bachelet élue, c’est la volonté de renouer avec la démocratie, à préparer lentement mais sûrement, dans un pays martyrisé par la junte et le néolibéralisme, les conditions du progrès social.

A Buenos Aires, Nestor Kirchner a su tenir tête aux Etats-Unis, sa popularité est réelle et, là où l’on criait voici quelques années " Que se vayan todos ! " (" qu’il s’en aillent tous ! "), un discours constructif s’est fait jour et le progrès est en marche.

A Montevideo, en Uruguay, le " Frente Amplio " et Tabaré Vasquez sont au pouvoir, au Brésil - évidemment - Lula continue une politique courageuse. Non sans difficulté les réformes avancent.

En Amérique latine, les rapports de force sont profondément modifiés. Les " mouvements sociaux " ont trouvé un débouché politique.

Le fait démocratique est au cœur de toutes les expériences de gauche actuelles et, si l’on distingue des nuances ou des clivages entre les gouvernements de gauche, on ne peut que constater qu’ils marchent dans une même direction : un monde multipolaire qui permettrait l’égale dignité des hommes et la liberté des peuples.

C’était le rêve de Bolivar, voici deux cents ans. Cet homme des Lumières, épris des idées de la Révolution française, rêvait de former l’unité du continent. C’est cette union que, malgré les vicissitudes de la CAN ou du MERCOSUR, les gouvernements latino-américains souhaitent fonder.

Evidemment, l’unité de l’Amérique latine ne peut être faite par le libéralisme. C’est à la politique et aux projets de développement de fonder l’Amérique latine nouvelle.

On se souvient que les pouvoirs progressistes ont été, en Amérique latine, victimes de l’action nord-américaine. En 1954, le gouvernement progressiste guatémaltèque d’Arbenz était déposé par un pronunciamento téléguidé par Washington.

En 1973, le gouvernement d’Unité populaire de Salvador Allende tombait sous les balles et les roquettes de la junte sanguinaire du Général Pinochet.

Plus récemment, le 11 avril 2002, Pedro Carmona, le " patron des patrons " vénézuelien prenait le pouvoir de force avec la complicité d’officiers factieux et des chaînes de télévision privées du pays.

Deux jours plus tard, " Pedro le bref " fut chassé par un million de manifestants réclamant le retour du Président Chavez. On se souvient également de ceux qui tombèrent sous les balles pour avoir voulu changer le destin d’un continent soumis à l’exploitation et à l’arbitraire : Guevara évidemment, mais aussi Miguel Enriquez et tant d’autres !

On se souvient de Pablo Neruda et de sa fin tragique, lui qui souffrait d’un cancer et que la junte chilienne tracassait et empêchait de se soigner.

On se souvient des disparitions en Uruguay, en Argentine, de l’assassinat d’Orlando Letellier à Washington, du Général chilien progressiste Prats à Buenos Aires, de l’Opération Condor...

L’Amérique latine cette fois semble passer de la nuit à la lumière. La violence de Washington redouble. Les propos des néoconservateurs américains (ou européens) sont de plus en plus violents.

Les tentatives de déstabilisation sont manifestes. La Maison Blanche et le Département d’Etat jouent imprudemment avec le conflit colombien, rêvant sans doute de le voir se régionaliser et contribuer à faire chuter Chavez...

On ne joue pas impunément avec le feu et on n’opprime pas sans danger les volontés populaires. Mais George W. Bush et " Condie " Rice en ont-ils seulement conscience ? Du détroit de Magellan au Mexique, c’est un continent qui est en marche, le canto general de la liberté de l’Amérique latine retentit et déjà les oligarchies inféodées, le néolibéralisme reculent.

Pour nous le travail à accomplir est immense : Etudier les processus de changement social et démocratique en Amérique latine, établir des ponts entre les militants progressistes latino-américains et les rénovateurs français, échanger sur des expériences qui, aussi différentes soient-elles, redonnent du sens au mot socialisme .

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article