CANAL + Une enquête angoissante et sans concessions Isabelle Nataf
[05 septembre 2005]
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Être gay en France, en 2005, on a l'impression que c'est quelque chose d'acquis. Que la société a évolué et que les homosexuels ne sont plus stigmatisés. Le PACS est passé dans les moeurs ; des personnalités politiques ont fait leur «coming-out» comme Bertrand De lanoë ; une chaîne de télé leur est consacrée, Pink TV ; un projet de loi sur l'homophobie est en discussion au Parlement.
Des avancées significatives bien que les homosexuels restent soumis à des réactions négatives. Qu'on imagine venant de patelins reculés, chez des personnes plus âgés et des sympathisants d'extrême droite. Et on est loin de soupçonner qu'en réalité c'est dans les banlieues que l'homophobie prend sa forme la plus extrême. Notamment parmi les jeunes issus de l'immigration.
Deux journalistes de Capa, Alexis Marant et Julien Bur, ont mené l'enquête dans les cités et le reportage qu'ils diffusent ce soir est on ne peut plus inquiétant. «On voulait apporter un éclairage nouveau sur le sujet, montrer où les problèmes étaient les plus graves et les témoignages qu'on a obtenus nous ont fait comprendre que le pire se passait bien en banlieue», explique Alexis Marant.
Insultes, «les homos on doit les abattre», agressions comme dans ce quartier de Marseille où David, 27 ans, avait été lynché en août 2004 par une bande de jeunes. «Ils disent que c'est leur distraction, casser du pédé», explique un homosexuel. Alexis Marant a retrouvé quelques-uns des agresseurs, aucun remord ni regret. Certains gays, comme Jonathan, ne se cachent plus. Mais au sein même de sa famille, il est considéré comme une brebis galeuse. «Ma réputation en prend un coup», dit sa soeur. «Au collège, on se fout de moi parce que mon frère est pédé», renchérit son frère. Il assume, certes, mais il a déjà fait quatre tentatives de suicides.
Dans les cités où «règnent le machisme et le culte de la virilité» selon le documentaire, la plupart des homosexuels se cachent. Et éprouvent souvent de la honte, comme José, 20 ans : «Je suis foutu si quelqu'un le sait. Alors je sors avec des filles et j'ai même frappé un pédé avec mes potes pour être accepté.» Les associations se mobilisent mais l'Education nationale reste muette. Il y a encore beaucoup de travail à faire, d'autant que certains députés parlent des homosexuels comme d'une «menace pour le respect et la survie de l'humanité». On en reste pantois et on ne peut que souscrire à l'enquête sans concessions d'Alexis Marant et de Julien Bur.
«LUNDI INVESTIGATION, HARO SUR LES HOMOS», Canal +, 22 h 50