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delfeil de ton un tres bon chroniqueur

Les lundis de Delfeil de Ton

Les joies du racisme



Ils brandissent des couteaux. Ce sont des Maghrébins, des Africains. Ils volent une mère de famille, la prennent pour une juive, lacèrent ses vêtements, coupent une mèche de ses cheveux, tracent des croix gammées sur son ventre. A un arrêt du métro express d'Ile-de-France, ils lancent son bébé qui roule sur le quai. Pas un passager ne s'insurge, pas un ne fait part ensuite de son indignation. «Une histoire française», titrera 48 heures plus tard un quotidien national. Française ô combien, cette histoire, mais pas comme ce journal l'imaginait et histoire sur toute la ligne, puisque entièrement inventée par sa soi-disant victime.
De cette histoire fausse, des quelques lignes de l'Agence France-Presse, on trouve le moyen de faire trois pages et de ces trois pages l'éditorial tire la leçon: «Voilà qui devrait finir de dessiller les yeux sur la réalité des manifestations antisémites dans la France d'aujourd'hui.» S'il y a eu dessillement sur une réalité, ce n'aura certes pas été le dessillement ni la réalité annoncés. Le même quotidien, le surlendemain, après les aveux de la mythomane, titrera: «Retour sur un emballement». On s'était emballé. Elle était emballante, cette histoire. Elle donnait de la satisfaction. C'était une satisfaction à la Le Pen mais qui s'arrête encore à ce détail-là?
Bénéficiant de douze heures de réflexion supplémentaires sur ses confrères, pendant lesquelles rien n'est venu confirmer peu ou prou la prétendue agression, le quotidien national du soir se livre au même emballement. Il fait appel à un maître de conférences (étudiants, fuyez) qui lit dans le marc d'expert: «Des opprimés se sont mués en oppresseurs de la pire espèce.» Il ne sait pas qui ils sont, et pour cause, mais il sait que ce sont des opprimés. Ils ont «transformé cette jeune mère en victime expiatoire, comme les femmes tondues à la Libération». C'est Super-Opprimé, qui opprime en la femme à la fois la mère, la juive et l'amie des Allemands, et comment s'en étonner, puisque chez lui «l'antisémitisme vient renforcer le sexisme»?Arrêtons là avec cette bouillie conceptuelle qu'a infligée à ses lecteurs le quotidien qui s'adresse à la fleur de l'intelligence. Demandons-nous plutôt pourquoi la bouillie a été servie.
<script language="JavaScript1.1" src="http://uniprix.sdv.fr/RealMedia/ads/adstream_jx.ads/NOUVELOBS/RG@Middle"></script><script language="JavaScript"></script><script language="JavaScript1.1"></script><script language="JavaScript"></script> On peut avancer mille explications. Pour se dédouaner d'avoir monté en épingle un fait divers qui ne concernait que six voyous, on nous les a toutes sorties, sauf la vraie, qui est qu'on a cédé à une propagande qui veut nous persuader, depuis quinze ou vingt ans, qu'un juif ne vit pas en sûreté en France. L'antisémitisme est odieux, dangereux et imbécile, et il existe, comme existe le racisme, odieux, dangereux et imbécile lui aussi, mais la France pays antisémite, c'est risible.
«Libération», au moment des explications au lecteur sur sa malheureuse «histoire française» du lundi, a avoué «les doutes des journalistes sur une histoire trop énorme pour être vraie, doutes présents toute la journée de dimanche». A «l'Obs» aussi, on trouvait le doute et l'incrédulité, et probablement au «Monde» et dans toutes les rédactions. Le grave, c'est que les douteurs et les incrédules n'ont pas eu droit à la parole. «Le Monde», à l'heure des excuses aux «jeunes des cités» (sic), écrit que «la grande presse obéit presque par nature à un devoir d'indignation et de réaction». On a connu «le Monde» qui n'était pas la grande presse, c'était un grand journal. «L'univers médiatique vit désormais l'actualité en temps réel», écrit-il. Temps réel, tic verbal à la mode, ça ne veut rien dire, surtout quand il n'y a pas de réalité, et pourquoi dépenser 1,20 euro à acheter un journal, prendre du temps pour le lire, sinon afin d'échapper au flot continu d'internet, des radios et des chaînes d'information? Sur ceux-là, en presse écrite, vous serez toujours en retard, alors ne faites pas la course. Samedi dernier, 17 juillet, le «Guardian», quotidien anglais, offrait dans sa rubrique nécrologique un bon portrait d'Edmond Charlot, l'éditeur algérois, mort le 10 avril. Sage lenteur, qui donnait à penser qu'on n'allait pas lire n'importe quoi.



Delfeil de Ton
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