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il faut bien un debut

Education. Une mallette pédagogique pour les enseignants, les jeunes, les associations.
L'homophobie expliquée aux élèves
Par Françoise-Marie SANTUCCI

samedi 06 mars 2004


 
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«Une loi, ça ne suffit pas. Il faut combattre les préjugés en amont.» Dominique Weyant, concepteur de la mallette
 

n janvier, Sébastien Nouchet, un jeune homosexuel, s'est fait brûler vif à Noeux-les-Mines. Presque deux mois plus tard, il recommence tout juste à pouvoir parler. A la suite de cette agression, les politiques ont parlé de légiférer contre l'homophobie et, jeudi, Luc Ferry a reçu une délégation de la principale fédération syndicale de l'éducation (FSU), venue proposer une série de mesures préventives ­ dont des cours de sensibilisation et la mise en place de numéros verts. Dans le même esprit, une association gay et lesbienne de Moselle, Couleurs gaies, vient de lancer une mallette pédagogique intitulée «Vivre ses différences : comment parler de l'homophobie». Pour son initiateur, Dominique Weyant, 37 ans, professeur d'économie et de gestion au lycée Robert-Schuman de Metz, «une loi, ça ne suffit pas. Il faut combattre les préjugés en amont».

Un «Que sais-je ?». Destinée aux professionnels de l'enseignement et de la santé ainsi qu'aux MJC ou aux associations de jeunes gays et lesbiennes, la mallette comprend : une cassette vidéo où six jeunes homos (trois garçons et trois filles) expliquent leurs difficultés à «sortir du placard» ; un «Que sais-je ?» sur l'Homophobie signé par le juriste Daniel Borillo ; et un ouvrage très didactique, Comprendre l'homosexualité (Pocket), de la psychothérapeute mexicaine Marina Castañeda.

On trouve aussi, dans cette mallette, douze fiches pratiques rédigées par l'équipe de Couleurs gaies. Ainsi, la première fiche, «Vivre sa différence à l'école», propose d'analyser les causes du rejet homophobe (préjugés, ignorance, tabous) et renvoie à un passage de la vidéo ; la fiche numéro 7, «Les apparences de la différence», invite les élèves à commenter la phrase : «J'en avais assez qu'on me traite de gros pédé», et renvoie au livre de Castañeda, chapitre IV («Les vicissitudes du placard»). Chaque fois, dit Dominique Weyant, il s'agit de faire du concret. «En organisant une conférence sur le suicide des jeunes gays, il y a deux ans, j'ai réalisé à quel point les professionnels de la santé, même pleins de bonne volonté, ne disposaient d'aucune donnée, chiffre, référence, pour aider ces adolescents.»

Testée deux ans dans différentes écoles de l'Est, notamment au lycée Robert-Schuman, la mallette a suscité des réactions mitigées de la part des gamins. «Quelques sourires et ricanements, parfois de la gêne», se rappelle le professeur, mais aussi «pas mal de répondant et de connaissances». Soutenu par plusieurs organismes (CPAM de Metz, la MGEN, l'antenne jeunesse et sports de Moselle, etc.), Dominique Weyant a rencontré plus de difficultés «du côté de la Ddass et des représentants locaux de l'Education nationale». Son projet a cependant reçu le prix 2003 de la «solidarité associative», décerné par le ministère. Fabriquée à 100 exemplaires et vendue 40 euros, la mallette a déjà été commandée par une trentaine de personnes (profs, directeurs d'établissement) ou associations. Les quelques bénévoles de Couleurs gaies dispensent aussi des cours «antihomophobie» : la semaine dernière, c'était dans un lycée agricole de Nancy ; cette semaine, devant des travailleurs sociaux à Metz.

Vieux cliché. Au niveau national, l'association mosellane est en «concurrence» (il s'agit plutôt de bonne entente, précisent ses responsables) avec SOS Homophobie, un organisme basé à Paris. Son président, Ronan Rosec, explique que les bénévoles de SOS assurent également des formations, notamment en milieu scolaire : «C'est encore tabou, bien que tout se joue là. Les responsables de l'Education nationale ne sont pas très favorables à notre action. Comme s'ils craignaient les réactions d'associations de parents d'élèves ; comme si, et c'est un vieux cliché, on était là pour faire du prosélytisme.» Malgré tout, le programme de SOS est chargé : la semaine prochaine, par exemple, c'est la classe de quatrième d'un collège de Montreuil (Seine-Saint-Denis) qui recevra la visite de l'association.

Pour la mallette «Vivre ses différences», voir www.couleursgaies.org ou téléphoner au 03 87 17 46 85.

Pour SOS Homophobie, voir www.sos-homophobie.org ou numéro azur 0 810 10

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