BEGLES (AFP) - 05/06/2004 19h36 - Le premier mariage homosexuel de France a été célébré samedi en fin de matinée à Bègles, le député-maire (Verts) Noël Mamère, faisant fi des polémiques politiques et juridiques suscitées par l'union de Stéphane et Bertrand. La réplique du gouvernement ne s'est pas fait attendre: une "procédure de sanction" a été engagée contre Noël Mamère, a annoncé le ministre de l'Intérieur, Dominique de Villepin. Dans l'après-midi, le préfet de la Gironde, Alain Géhin, a envoyé un courrier à M. Mamère pour lui signifier qu'une procédure de suspension était entamée, lui donnant jusqu'au 12 juin pour s'expliquer. Le ministre de la Justice, Dominique Perben, a demandé qu'une requête en nullité du mariage soit "immédiatement" présentée au tribunal de grande instance. Le procureur de la République de Bordeaux, Bertrand de Loze, a indiqué qu'il allait entamer la procédure dès lundi. Deux sanctions sont possibles: la suspension pour une durée maximum d'un mois ou la révocation qui entraîne son inéligibilité aux fonctions de maire et d'adjoint pendant un an. "Le gouvernement veut dramatiser cette affaire" et "se trompe", a rétorqué M. Mamère. "Il y a beaucoup plus grave pour la société que le mariage de deux types qui s'aiment. S'ils veulent engager des poursuites, il faudra prouver que j'ai commis des fautes. Aujourd'hui, je suis heureux, je n'ai aucune inquiétude. Je défends une cause juste", a-t-il déclaré. Alors que des manifestants "pro" et "anti" s'étaient massés devant les grilles de la mairie, la cérémonie de mariage a débuté peu après 11H00 et a duré une vingtaine de minutes. Arrivés en Rolls Royce, Bertrand Charpentier, 31 ans, magasinier, et Stéphane Chapin, 34 ans, aide-soignant à domicile, se sont dit "oui" dans la minuscule salle des mariages. "Au nom de la loi, je vous déclare unis par le mariage", a alors dit le maire. Visiblement émus, les deux hommes ont échangé leurs alliances avant de signer le registre des actes de mariage avec leurs quatre témoins. Au moment de leur remettre leur livret de famille, Noël Mamère a prononcé un bref discours, troublé par une forte émotion et essuyant quelques larmes. "Votre mariage est une première, j'espère qu'il va se banaliser", a-t-il déclaré. A l'issue de la cérémonie, les deux "époux" sont sortis sur le perron de la mairie, sous une pluie de riz rose. Souriants ils se sont embrassés à plusieurs reprises, en posant pour les dizaines de caméras et les photographes. Le procureur de la République de Bordeaux, Bertrand de Loze, a déjà fait savoir son opposition à ce mariage. Selon lui, non seulement le code civil ne permet pas d'unir deux personnes du même sexe mais l'adresse fournie par les deux promis est "fictive", ce qui prive le maire de Bègles de "compétence territoriale". Devant la mairie, les opposants au mariage homosexuel, qui répondaient au "Collectif pour le droit des enfants", faisait face aux "Soeurs de la perpétuelle indulgence" - un mouvement homosexuel - des représentants d'Act-Up et une délégation du Manifeste pour l'égalité des droits. Le champagne sablé à la mairie puis au local bordelais des Verts, Stéphane et Bertrand ont retrouvé leurs invités pour une grande fête. Les associations de défense des droits des homosexuels ont regretté la "dureté" de la réaction du gouvernement, tandis que le premier secrétaire du PS, François Hollande, estimait qu'il fallait d'abord "respecter la loi actuelle". La "provocation" de Noël Mamère "mérite sanction", a affirmé le secrétaire général délégué de l'UMP François Baroin. |