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je ne veux pas de cette europe facho

S'il n'est pas facile d'être gay ou lesbienne dans l'anonymat de Varsovie, c'est encore plus compliqué à Cracovie, la ville du pape Jean Paul II. Vendredi 7 mai, une poignée de jeunes crânes rasés ont ainsi eu raison, sous le regard de policiers peu concernés, de la "manifestation de la tolérance par la culture" à laquelle avait appelé l'organisation non gouvernementale Campagne contre l'homophobie (KPH).<script language="javascript"></script>

Tout avait bien commencé avec l'affluence inattendue de 1 500 personnes en faveur de la tolérance, en général, et envers les minorités sexuelles, en particulier. Trois parlementaires de gauche - l'ex-ministre de la santé, Marek Balicski, l'ancien dissident, Andrzej Celinski et Maria Szyszkowska - ouvraient la marche derrière un couple de gays enlacés demandant "des droits, pas des privilèges" sous une banderole arc-en-ciel. L'ambiance est rapidement devenue électrique. Le cortège s'ébrouait sous les insultes des passants et de groupes de jeunes femmes et d'hommes, certains échappés des tribunes des stades de football ou de l'organisation ultracatholique des jeunes Polonais de la Ligue des familles. "Assassins", "les PD à l'hosto", "les déviants hors de Cracovie" fusaient sous le regard indifférent d'une poignée de policiers.

"C'est habituel. Nous vivons dans la peur d'être agressé physiquement", regrettait Adam Rogalewski, étudiant en droit de 21 ans et organisateur de la manifestation. "Neuf Polonais sur dix se disent catholiques, et aucune personnalité n'ose faire son coming out. Nous demandons juste de vivre en paix", ajoutait-il dans les locaux de l'organisation féministe Efka. "L'adhésion à l'UE facilitera l'évolution du pays", espère Marek Balicski. Il reste du chemin à parcourir. Vendredi, la manifestation a été bloquée au pied du château de Wawel par quelques dizaines de sauvageons qui se sont ensuite lancés dans une chasse à l'homo jusque sur la place centrale de la vieille ville. Considérant sans doute que ce n'était pas bon pour le commerce, la police a empêché que les violences dégénèrent. Les manifestants s'étaient, eux, dispersés dans un mouvement de panique salutaire. Sur la place, plus de drapeaux arc-en-ciel. Les crânes rasés paradaient par petits groupes.

Christophe Châtelot

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 11.05.04
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