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jean genet

Jean Genet bande encore

Vingt ans après sa mort, Jean Genet bande encore. Le mauvais garçon génial des lettres françaises est toujours aussi présent. Et ce n’est pas l’actualité chargée de cet anniversaire marqué notamment par la création du "Bagne", une pièce inédite, qui viendra le démentir.
Par Tim Madesclaire

Jean Genet est mort il y a vingt ans, et sa figure — sa frimousse ? — dépasse toujours le monde de lettres, du théâtre et de la politique. On lui rend hommage, mais discrètement, entre méfiance de la trahir et envie de le célébrer. Genet est un peu l’anti-Cocteau, qu’il connaissait et appréciait pourtant. Contrairement au Prince des poètes, il n’aimait pas les honneurs, sauf par une discrète coquetterie, allez. Contrairement au cinéaste foisonnant, Genet, lui, n’a pu créer l’œuvre cinématographique dont il rêvait. Pourtant, Genet sauvage tellement civil, "mauvais voleur" et génie de l’écriture, est devenu un intouchable, qui inspire écrivains, cinéastes, metteurs en scène. Alors une pièce (re)trouvée, un coffret DVD-CD-livre, une expo, et " Un chant d’amour " diffusé de ci-de là… Il ne l’a pas volé.

> Le Bagne en scène


Antoine Bourseiller met en scène à l'Athénée une pièce inconnue et jamais joué de jean genet : "Le bagne".

"Le bagne" est une pièce de Genet que l’on a découverte récemment…

C’est effectivement une pièce dont on connaissait l’écriture mais qui n’avait jamais été connue dans son ensemble. Genet avait tenté d’en faire un scénario aussi, mais sans suite. Il n’en a parlé à personne, il la mentionne à son agent à la fin des années 50… Moi-même, qui pourtant à l’époque étais proche de lui, je n’en savais rien. En mai 2004, je l’ai montée en création à Nice, et c’est là une première à Paris. C’est un enjeu formidable !

Dans son introduction de la Pléïade, Albert Dichy écrit : "Genet a sans doute, malgré tout, été le premier des prisonniers de son "Bagne"."

Il semble que pour Genet, il y a eu spécialement pour ce texte une grande souffrance de l’écriture. Il la commence en 58, l’abandonne, la reprend. Il disait " ce sera ma meilleure pièce, ou alors je n’écrirai plus rien ". Etonnant. Il la réécrit avec le même bonheur et en même temps le même désespoir. Et sans doute avec ce que l’on ne décèle pas tout de suite : le regret de ne pas avoir pu aborder le cinéma. Genet a écrit beaucoup de scénarii qui n’ont pas été tournés, dont celui du " Bagne ". Le thème de la pièce est comparable à celui de " Théorème " de Pasolini en fait : un étranger arrive dans une famille, et sans le vouloir, il bouleverse l’ordre social ou familial. Là, c’est un assassin célèbre qui bouleverse l’ordre du bagne. C’est un personnage burlesque, muet, qui salue le directeur par un pet retentissant ! C’est une pièce à la fois fracassante et douloureuse, et pourtant l’on rit ! On est happé par l’émotion de ces cérémonies secrètes qui ont lieu la nuit.

Genet disait souvent qu’une fois mort, on ne se souviendrait plus de lui…

C’était une coquetterie plus qu’une philosophie. Si quelqu’un avait le moral, c’était bien lui. Considéré comme un voleur, un pédéraste, un dénonciateur, c’est une des personnes que j’ai rencontré qui avait la plus haute idée de la morale. C’est-à-dire une sévérité de jugement. Quoi qu’il arrive, quelques soient les arguments avancés, il n’était jamais ébranlé. Il avait la foi, en fait, mais pas la foi de la religion : la foi en l’homme.

Athénée Louis Jouvet, square de l’Opéra Louis-Jouvet, 7 rue Boudreau, 75009 Paris. Rens. : 01 53 05 19 19. Jusqu’au 20 mai.
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