Marion ne ressemble pas tout à fait aux autres femmes jouées par Valeria Bruni-Tedeschi. Toujours la même grâce nuancée de gaucherie, toujours le regard d'un bleu intense, mais cette fois, la mariée de 5 × 2, le film de François Ozon, "lève la tête". language=javascript>OAS_AD('Middle');</SCRIPT>
Dans cette chronique conjugale déroulée à l'envers, on commence par le divorce mais, toujours, Marion tient bon, le signe extérieur étant ce port altier. "C'est une indication physique que me donnait François, explique l'actrice, mais c'est aussi une indication intérieure. Les gens qui gardent la tête haute, on a l'impression qu'ils s'en sortent mieux."
C'est vrai, Valeria Bruni-Tedeschi a plutôt interprété des rôles de femmes blessées : la pensionnaire d'un hôpital psychiatrique dans Les gens normaux n'ont rien d'exceptionnel de Laurence Ferreira Barbosa (1993), l'ex-terroriste de La Seconda Volta, de Mimmo Calopresti, l'ouvrière chômeuse qui tombe amoureuse d'un cadre (également au chômage) dans Rien à faire, de Marion Vernoux.
En une quinzaine d'années, l'actrice italienne grandie en France a beaucoup tourné - une quarantaine de rôles. "Parfois, je regarde mes personnages et je les répartis en deux tables : celles qui ont la culpabilité, et celles qui ne l'ont pas. Je crois que les personnages d'une classe sociale privilégiée sont coupables alors que ceux de Nénette et Boni -de Claire Denis- ou de Rien à faire, qui sont de milieux modestes, sont dépourvus de culpabilité et donc plus sensuels."
François Ozon, trublion de profession, a troublé cet arrangement en faisant de Marion une bourgeoise "qui a juste envie d'être heureuse". Et en plus, le cinéaste est un gentil garçon, aussi gentil avec ses acteurs, dit-elle, qu'il peut être cruel avec ses personnages.
On dirait que ce bonheur est une idée neuve pour la comédienne, qui a choisi son métier pour deux raisons : "L'envie d'être aimée et l'envie d'enlever le masque, cette sensation très libératoire de la confession, que j'ai du mal à trouver dans la vie." Toute la question est de savoir quelle est cette mystérieuse faute dont il faut se libérer. Puisque la comédienne a été élevée dans la religion catholique (une éducation qui a laissé une empreinte assez durable pour qu'elle lise Pascal en ce moment), il y entre sans doute une part de péché originel.
Ceux qui ont vu Il est plus facile à un chameau... -de passer par le chas d'une aiguille qu'à un riche de pénétrer dans le royaume des cieux-, le premier film réalisé par Valeria Bruni-Tedeschi, que l'on désignera sous le nom plus commode de Chameau, se souviendront qu'on y voit le principal personnage, qu'elle interprète, chercher à se confesser de sa faute première : la richesse.
On ne saura pas plus de la vraie vie de l'actrice et cinéaste que ce qu'il y a à l'écran. Les grandes lignes ont à voir avec ce qui est arrivé : la famille riche, la sœur très belle (interprétée à l'écran par Chiara Mastroianni - l'autre fille de M. et Mme Bruni-Tedeschi se prénomme, dans la vie, Carla), le départ d'Italie par crainte des enlèvements terroristes ou crapuleux, une fin d'enfance et d'adolescence si française qu'il lui a fallu réapprendre à rouler les "r" la première fois qu'elle a tourné en Italie. Le reste est dans le film, mais c'est de la fiction.
Pour le Chameau comme pour son prochain film, en cours d'écriture, Valeria Bruni-Tedeschi "puise dans des choses très intimes, qui ne sont plus autobiographiques à partir du moment où l'on malaxe la pâte pour en faire de la fiction".
Comme pour illustrer cette alchimie entre le vrai et le faux, elle répond à une question sur l'affaire Battisti, elle qui a joué une ancienne brigadiste et a mis en scène des terroristes d'opérette dans le Chameau. "Je n'ai rien à dire d'intéressant dans un journal. Hier, j'ai réalisé qu'au moment de donner un nom au personnage de Jean-Hugues Anglade dans Le Chameau, un homme d'extrême gauche qui ne peut pas retourner en Italie, pas écrivain mais professeur d'histoire - un personnage qui peut un peu faire penser à Cesare Battisti -, je l'ai appelé Pierre Battista. Je trouve toujours ça intéressant, les choix de l'inconscient."
Ce rapport entre la vie et le cinéma ne date pas du passage à la réalisation. "Le travail de cinéma, c'est une mise en ordre du désordre de la vie. Il se fait en parallèle, c'est comme un journal intime, mais ce n'est pas parce qu'on tient un journal intime qu'on s'arrête de vivre. Cette vie-là, chaotique, désordonnée, angoissante, il faut bien la vivre et je ne m'imagine pas faisant comme des gens autour de moi qui font un film après l'autre, que tout l'espace et le temps de la vie soient pris par ça."
A relire la filmographie de Valeria Bruni-Tedeschi après avoir recueilli le propos ci-dessus, on se demande si elle n'a pas parfois succombé à la tentation : cinq films en 1996, de La Seconda Volta, où elle tourne aux côtés de Nanni Moretti, aux Menteurs d'Elie Chouraqui. Dans son métier d'actrice, deux choses peuvent la rendre malheureuse : "Quand un metteur en scène n'a pas une vision plus haute la mienne, et quand il ne m'aime pas. C'est comme un accident de voiture. Je crois que les metteurs en scène ont le devoir, comme si c'était une loi, d'aimer leurs comédiens. Sinon, ils n'avaient qu'à pas les choisir."
Depuis six ans, depuis qu'elle a écrit les premiers fragments du Chameau, elle est plus à l'abri de ces accidents du travail. Elle se permet de refuser des films pendant toute une saison - "l'hiver dernier, je n'ai rien reçu d'intéressant" - parce qu'elle a "du travail à la maison", ce qui atténue l'envie névrotique de jouer. Ce travail d'écriture a repris dès la fin du montage du premier long métrage, avec les mêmes complices : Noémie Lvovsky et Agnès de Sacy.
Pourtant, le Chameau a eu presque autant de mal à passer à l'écran que par le chas de l'évangile de Matthieu. "Par moments, je n'avais même plus envie de continuer. Je ne continuais que parce que j'avais dit à tout le monde que j'allais le faire, pour sauver la face. Et puis, arrivée au tournage, j'ai eu l'impression d'être dans un rôle très maternel, je m'occupais des autres, je consolais, je grondais. Au bout du compte, c'est rassurant de se sentir à la fois adulte et joyeux. Parce que le problème, quand on est enfant, c'est qu'on pense que quand on va grandir, on va devenir triste et, là, bonne surprise : on peut être à la fois adulte et joyeux."
Thomas Sotinel
une honte que ce film ne soit diffusé qu'a 5 copies en france.
a la question que l'ui pose la journaliste de france inter celle ci repond
j'ai tournée dans des films ki ne sont jamais sortis en france,
et le film, un fils, traite ds ujet de la prostitution masculine chez les magrebins est traité finement
et son autre soeur est carla bruni.
jb
L'ANGOISSE DU DÉSORDRE