Katrina: 25.000 sacs mortuaires préparés pour les victimes de Louisiane --par Sharon Cohen-- AP | 08.09.05 | 20:08 HT101-0908051246 LA NOUVELLE-ORLEANS (AP) -- Pas moins de 25.000 sacs mortuaires ont été mis à la disposition de la Louisiane par les autorités fédérales, sans que l'on connaisse encore l'ampleur du bilan humain du passage de l'ouragan Katrina. Dans la ville en partie immergée de la Nouvelle-Orléans, l'heure était jeudi à la sécurisation, tandis que des craintes se faisaient jour sur la toxicité des eaux stagnantes. Tout en recherchant les corps parmi les décombres envahis par les eaux, les secouristes s'employaient à persuader les derniers habitants encore présents à quitter les lieux d'urgence. "A l'heure d'aujourd'hui, la vie est notre priorité, alors nous concentrons toute notre énergie sur l'évacuation des personnes qui souhaitent s'en aller", a déclaré jeudi le chef de la police local, Eddie Compass, sur NBC. Il n'est plus question de coercition dans l'immédiat. De l'avis du vice-amiral Thad Allen, tout juste nommé numéro deux de la FEMA (Federal Emergency Management Agency), l'agence américaine chargée de gérer les situations d'urgence, il est désormais dangereux de vivre à la Nouvelle-Orléans. "Nous commençons aujourd'hui une opération qui nous conduira de pâté de maisons en pâté de maisons pour demander aux gens de partir", a-t-il dit sur CBS. "Il faut que tout le monde soit évacué si nous voulons poursuivre les travaux de restauration de cette ville." Les tests gouvernementaux ont confirmé que les eaux recouvrant la cité étaient infectées par des bactéries provenant des égouts, dont la concentration est au moins dix fois supérieure aux normes. On y trouverait notamment la redoutable bactérie E. coli, certains virus et un vecteur du choléra. "Si vous n'avez pas encore quitté la ville, faites-le!", a lancé le Dr Julie Gerberding, directrice des Centres de prévention et de contrôle des maladies (CDC), invitant toute personne étant entrée en contact avec cette eau de se laver au savon. Le danger d'infection n'est cependant pas limité au secteur de la Nouvelle-Orléans. Les bactéries semblent avoir migré vers des abris surpeuplés et extérieurs à l'Etat de Louisiane, où bon nombre des personnes déplacées se sont réfugiées. Quatre décès -un au Texas et trois au Mississippi- ont ainsi été attribués à des blessures infectées, selon un porte-parole des CDC. Bob Johannessen, porte-parole du département de la Santé de Louisiane, a confirmé pour sa part que la FEMA avait fourni 25.000 housses mortuaires à l'Etat. Quant à savoir si les autorités locales prévoient un tel nombre de victimes, il a répondu laconiquement: "Nous ne savons pas à quoi nous attendre." Selon le maire de la Nouvelle-Orléans, Ray Nagin, le nombre des morts dans la ville pourrait atteindre les 10.000. Une morgue temporaire installée dans un entrepôt du quartier Saint-Gabriel devait initialement accueillir 1.000 corps. Elle a dû être agrandie pour en recevoir cinq fois plus. Parallèlement, dans le Mississippi voisin, le bilan officiel dépasse à présent les 200 morts, plus de 1.000 personnes restant portées disparues. Seul point positif, les efforts déployés pour rétablir le courant le long du littoral dévasté progressent favorablement. Le gouverneur Haley Barbour a estimé que cette opération pourrait prendre fin dès dimanche pour les habitations et les entreprises encore debout.. Autre évolution favorable, la FEMA, durement critiquée pour la lenteur de sa réaction après le passage de Katrina, s'apprête à verser 2.000 dollars (1.600 euros) à chaque foyer affecté par la catastrophe. De longues files se formaient ainsi devant l'Astrodome de Houston, au Texas, foyer d'accueil pour de nombreux évacués de la Nouvelle-Orléans, afin de faire enregistrer les demandes d'indemnisation. "L'idée est de leur fournir un peu d'argent pour les aider à prendre les décisions sur ce dont ils auront besoin pour reconstruire", expliquait Michael Brown, le patron de la FEMA. Mercredi, le président George W. Bush avait demandé au Congrès une nouvelle rallonge de 51,8 milliards de dollars (41,6 milliards d'euros), en plus des 10 milliards (8,4 milliards d'euros) débloqués la semaine dernière, prévenant qu'il faudrait plus encore pour faire face à la situation. "En fait, il nous faudra beaucoup plus", a précisé le directeur du Budget Josh Bolten, selon lequel les sommes réclamés ne suffiront à couvrir que quelques semaines de dépenses. AP